Ce n’est pas du tout facile d’être photographe

C’était presque l’après-midi, j’étais toujours endormie...

La brise printanière chatouillait mes narines et les brins tranchants de l'herbe massaient mes pieds nus...

Tout était euphorique, comme si j'avais bu une bouteille de vin d'un seul coup… Je ne ressentais rien, même si autour de moi il y avait du vacarme.

Je plisse les yeux, partiellement parce que je sens une langue mouillée me lécher le menton avec insistance. Non, mais qu’est-ce vous avez cru? Restez calme, j’étais toujours célibataire, c’était juste un gros chien! Le chien de qui, je ne savais pas trop… surtout depuis que je n'avais jamais eu de chien chez moi. Et puis, partiellement parce que j’avais l’impression que quelqu’un venait de me voler ou que j'étais victime d'un passage à tabac, puisque j’entendais juste de forts « Arrêtez!! Arrêtez!! Arrêtez!!». Heureusement, ce n’était pas le cas.

Je me souviens juste que j’ai fait quelques mouvements indéchiffrables, en essayant de me lever et que je me suis rendu compte que j’étais à un mariage. « Peut-être que j’ai trop bu », je me suis dit, « Ça peut arriver à ce genre d’évènements » Et je reprends mon appareil photo qui était à côté de moi et je me remets à prendre des cadres, comme rien ne m'était arrivé.

Petit-à-petit, je commençais à me rappeler des choses, qui, d’après moi, devaient avoir eu lieu ce matin-là. Je dois être venu ici parce qu' il y avait 3 jours j’avais reçu une lettre d’invitation qui disait que j’allais être le photographe d’un mariage. Comme j’étais à mon début de carrière comme photographe, j’ai tout de suite accepté. J’avais l’impression que cela allait être ma première réussite liée à ma passion et les premiers signes étaient positifs: le soleil tirait des flèches de feu du ciel azur, le temps était très bon, donc je croyais que j'allais avoir de la chance ce jour-là.

Je prenais des milliers de photos mais quelque chose me paraissait bizarre quand-même. Les mariés semblaient trop distants pour certains jeunes qui trouvaient l'amour de leur vie et qui devaient être enthousiastes et affectueux et aimants… Mais non, dans leur cas, il n’y avait rien de tout ça. Une fois, en passant par eux, je leur avais même dit « Bon mariage ! » et cela a « aggravé » la situation car ils m'ont jeté un regard douteux et insistant. La raison de mes doutes s'est réalisée lorsqu'un petit garçon, Titou, est venu vers moi et m'a dit secrètement que cette femme-là était sa mère et que l'homme à côté d'elle était son frère, le « tonton » comme Titou l’appelait et que les deux étaient les enfants de la mariée, c'est-à-dire la grand-mère de Titou. En me voyant vraiment plus confuse, il a immédiatement ajouté que sa mamie était a son deuxième mariage et qu’elle croyait fortement qu’elle avait rencontré l’homme de sa vie, même si Titou, lui, il n’aimait pas trop cet homme, il préférait toujours le premier, surtout parce que l'actuel n'a pas accepté d'organiser une grand fête avec beaucoup de plats délicieux, comme les mariages habituels. Comme il était bavard, Titou et qu’est-ce qu’il était mignon!

Il me semblait fascinant le concept que l’amour n’a pas de limites ou que l’âge est juste un nombre. Je souhaitais que tout le monde pensait comme ça..

À partir de ce moment-là je savais sur quoi me concentrer sur les photos, après avoir pris un tas de photos surprenant les deux frères que je croyais être les mariés. Mais ça va, je vais garder ces photos pour moi.

Mes nouvelles cibles étaient désormais les deux seniors, dont les gestes je suivais de près, pour les capturer dans des hypostases intimes et heureuses, parfaites pour un bon album de mariage.

Tout se passait étonnamment bien, je me promenais dans le jardin, en gardant la distance avec le couple, en leur laissant l’intimité d’un couple tout juste marié. Mais comme ils étaient joyeux, leurs yeux émanaient du bonheur et malgré leur âge, ils étaient radieux comme le feu de l'amour qui brûlait dans leurs cœurs. Et quelle joie de les voir ainsi, chacun avec ses expériences de vie, se réunissant maintenant et formant un tout unitaire. Moi, j'étais content comme si c'était mon mariage, mais non, je dois encore attendre pour que l’amour ne me contourne plus…

Je pensais que rien ne pouvait plus troubler la paix et l'équilibre du moment où la maturité et l'amour pur étaient en train d’unir les destins de deux seniors adorables, mais peut-être que je me suis un peu trompé…

Mais dès que j’ai vu le chien de la famille, un gros rottweiler noir, venir vers moi en courant, mes jambes se sont adoucies, je ne sentais plus mes genoux, mon cœur battait comme une horloge qui sonnait minuit, sortant de ma poitrine, je ne savais pas quoi faire puisque j’étais en train de filmer la scène ou les deux maries allaient s’embrasser et si j’avais bougé, le film aurait été ruiné. Quand le chien a sauté sur moi, il m’a mis par terre et je me rappelle que j’ai essayé de me sauver, en courant vers la table des mariés, mais en vain, il était plus rapide que moi…

À partir d’ici, je ne me souviens plus de grand-chose, seulement qu’il y avait un monsieur furieux qui criait avec colère « Arrêtez, arrêtez!! Découpez la scène et reprenez-la, le film doit être impeccable! », « Mais, d’abord, sortez cet imbécile qui pense être photographe hors du cadre! ».

Et puis j’entends Titou s’asseyant légèrement sur l’herbe à côté de moi, essayant de ne pas rire et me chuchotant : « Mais tu ne savais pas que c’était un film? J’ai le rôle du petit-enfant de la mariée, mais les deux vieillards ne sont pas vraiment mes grands-parents, quand je t’ai tout expliqué, je pensais que tu avais compris que c'était juste un scénario de film, mais ce n’est pas rien, allez, lève-toi.».

Mais je ne me suis pas levé, j'étais en colère contre lui de ne pas m'avoir dit que c'était un film ou au moins je faisais semblant, parce que je ne pouvais pas être en colère contre un enfant aussi gentil que Titou.

Je me suis levé seulement quand l’ennuyeux rottweiler est revenu, cette fois me léchant le menton. Je me lève et au bout de quelques minutes, je découvre que le film “L'amour sans limites” y était tourné, qui devait être diffusé sur une chaîne de télévision très connue. J'aurais dû être l'un de nombreux photographes venus filmer les scènes, mais, par contre, j'avais empêché les autres, entrant dans le cadre et m'effondrant sur le sol.

Je n'avais rien réussi à filmer, je venais de prendre des photos, des photos qui étaient également inappropriées, étant donné que la première série était avec des personnes qui n'étaient pas mariées et l'album composé des photos avec le soi-disant couple, je ne pouvais le leur offrir même pas, car ce n'était pas un vrai mariage.

J'ai décidé qu'il était le temps de rentrer chez moi, un endroit moins dangereux pour ceux moins expérimentés comme moi, parce que j'avais l'impression d'avoir fait assez de bêtises ce jour-là. Peut-être que je devrais changer de métier ou peut-être que je suis la personne la plus malchanceuse. Mais les futures décisions que je vais prendre, je vais les prendre à l’aide du petit Titou, que je ne pourrai jamais oublier!


articol scris de Diana Ionescu

graphic designer Alexia Mirițescu